Les principaux dirigeants des chaînes de TV françaises ont signé le 19 octobre 2010 une « charte des éditeurs sur les modalités d’affichage des contenus et services en ligne sur les téléviseurs et autres matériels vidéos connectés », que vous pouvez retrouver en intégralité ici.

Les points importants de cette charte

Le respect de l’intégrité du signal de chacune des chaînes signataires [...] afin que les éditeurs puissent continuer à exercer un contrôle total et exclusif sur les contenus et services affichés en surimpression autour de leurs programmes diffusés.

Par cette clause, les éditeurs veulent :

  • Empêcher qu’un quelconque signal (et donc programme) soit diffusé sur un autre moyen de communication sans leur accord ce qui parait somme toute assez logique (ayants droits, licences, etc…).
  • Qu’aucun programme ne puisse être désolidarisé des publicités qui l’accompagne lors de sa diffusion.

s’opposent à toute démarche visant à tirer profit de leurs programmes [...] en redirigeant les téléspectateurs vers d’autres contenus [...] Les surimpressions, incrustations ou apparitions de services, contenus éditoriaux, publicitaires, raccourcis [...], choix proposé par un tiers, opérateur, industriel ou fournisseur de service, ni un choix paramétré par le téléspectateur lui-même ne sont acceptés, y compris si ce choix provient d’un autre matériel connecté au téléviseur.

Par celle-ci, les éditeurs ont pour volonté de :

  • S’assurer la main-mise totale sur la machine qui diffuserait le programme. Prenons un exemple pour illustrer, Google TV qui est sensée être capable de reprendre un signal TV diffusé, ne pourrait pas vous afficher que 50 de vos amis regardent en fait l’émission sur la chaîne concurrente, ou simplement que vous avez reçu un email, pas même si vous avez configuré vous-même l’alerte.

Que penser de cette charte ?

Sous couvert d’annoncer vouloir développer, je cite « de nouvelles gammes de téléviseurs et autres matériels vidéos connectés à internet« , les éditeurs veulent surtout que l’utilisateur de box soit entièrement à leur merci et ce pour plusieurs raisons :

  • Contrôler entièrement ce qui apparaît sur l’écran, non seulement pour en contrôler le contenu mais bel et bien pour s’assurer que vous soyez pas tenté de faire autre chose ou pire, d’aller sur une autre chaîne, un autre site (Youtube?), ou un autre service (voir la dernière photo marrante du coloc sur Facebook).
  • Garder l’intégralité de leurs revenus publicitaires et ne pas partager avec d’autres. Pour se projeter un peu plus, ils créent ici un nouvel espace publicitaire ciblé.
  • Se prémunir contre l’arrivée de Google et Apple, s’obligeant mutuellement à ne pas accepter de contrat avec ces derniers si ils ne respectaient pas les clauses citées plus haut. Dommage pour la télé 2.0, c’est raté, une autre fois peut-être.
  • Mettre sur les rails un projet de box connectée construite et contrôlée par leurs soins.

Comme nous l’avons vu aux US où les Majors freinaient des quatre fers pour ne pas diffuser leurs programmes en ligne, le même schéma se répète en France. Une des seules chances qui aurait permis à la Télévision de devenir un canal vraiment interactif comme peut l’être internet vient ici de se tarir, tout sera fourni et/ou contrôlé par les éditeurs, coupant court à toute compétition potentielle. Heureusement pour nous, la diffusion des programmes TV n’est pas le seul crédo de ces Box, avec l’arrivée de VOD, d’Applications, de lecture de Musique, voire d’offres venant des constructeurs eux-mêmes (voir l’exemple de Youtube), elles devraient aller plus loin.

L’avenir nous dira si les éditeurs répètent les erreurs de l’industrie du disque… ou pas. Et vous, qu’en pensez-vous ?